Non, je ne danse pas, non.

cgr

Le week-end dernier, j’étais invitée à un mariage.

Il arrive un moment dans toutes les festivités du genre, généralement aux alentours de minuit, où les lumières s’éteignent brutalement, le DJ augmente le volume de la musique, et tout le monde se rue sur la piste de danse. Tout le monde, sauf moi. J’assiste médusée à ce mouvement de foule qui me dépasse complètement. Les gens étaient tranquillement attablés, discutaient timidement de sujets rebattus, et quelques secondes plus tard, tous ces individus sont collés les uns aux autres, et se dandinent aux rythmes de musiques ringardes. 

Il m’a fallu du temps pour comprendre comment le gars qui racontait par le menu son rôle de manager dans une société d’import-export à sa voisine apathique, pouvait se transformer sans transition en dieu du disco, sans que cela ne choque personne. D’anniversaires en départs à la retraite, de mariages en baptêmes, j’ai étudié, vissée à ma chaise, cet étrange phénomène qui touche l’intégralité de mes congénères. Et j’en ai déduit que tous étaient victimes d’un réflexe de Pavlov culturel, inculqué dès l’enfance : Si la musique est forte, tu danses. 

Tout le monde se prête à ce rite avec plaisir, en tout cas c’est l’impression que me donnent les visages béats (et couverts de transpiration) et les chorégraphies (souvent hasardeuses) que j’ai régulièrement le loisir d’observer. 

Les choses sont un peu plus compliquées pour moi. De l’extinction des feux au départ de la fête, ma vie devient un combat de tous les instants. Un combat pour ne pas danser. 

Je ne me l’explique pas, mais le fait que je ne souhaite pas remuer des hanches au milieu de gens que je connais à peine, les offense au plus haut point. Apparemment, c’est inconcevable. Ainsi, pendant plusieurs heures je subis le ballet des invités qui tentent de me convaincre de les rejoindre. Tu ne danses pas ? Vraiment ? Viens, c’est dommage ! Allez, fais le pour moi, ça me ferait plaisir ! S’il te plaît, ne passe pas à côté de l’existence, tu es trop jeune ! Je ne comprends pas pourquoi tu es si récalcitrante, la danse c’est la vie voyons ! Jean-Michel Connard n’hésite d’ailleurs pas à m’attraper le poignet ou à tirer ma chaise, faisant fi du fait que nous n’avons eu qu’une brève conversation en début de soirée, et que nous ne nous reverrons sans doute jamais. Jamais en dehors de ce contexte, en tous cas.

J’appelle ça : l’injonction à s’amuser.

Mon aversion pour la danse dérange. Je ne comprends pas ce que ça peut leur foutre, je n’oblige pourtant personne à rien, surtout pas à se préoccuper de moi. Je vois les danseurs des fêtes de familles comme  une armée de zombie désireuse de grossir ses rangs, ou une secte en mal d’adeptes. Et je refuse d’être leur proie.

J’ai pris l’habitude de ce manège, aussi j’ai développé quelques parades qui, bien qu’exténuantes, rendent ce cauchemar un peu moins oppressant :

Je m’éclipse régulièrement aux toilettes, car quoi de mieux que réfléchir à la vacuité de l’existence le cul posé sur un WC maculé de l’urine d’une centaines de convives alcoolisés ?

Je rejoins les grappes de fumeurs qui entretiennent leur dépendance au clair de lune.

Je me réfugie dans les méandres des réseaux sociaux. Je scrolle mon feed instagram, tweete n’importe quoi, m’enquiers des opinions de mes 65 amis Facebook sur des sujets qui m’indiffèrent.

Cette dernière diversion ne fonctionne que très peu de temps, la batterie de mon Iphone étant… Une batterie d’Iphone. La nuit avançant, mon attitude devient celle d’un animal sans défense cherchant à échapper à ses prédateurs. Je sais qu’à tout moment, une main va se poser sur mon épaule, mon regard en croiser un autre et je devrais, encore, me justifier. 

A la question « Tu ne danses jamais, vraiment ? » j’ai coutume de répondre que je n’aime pas ça, mais c’est faux. J’aimerais danser. Ou plutôt : J’aimerais aimer danser. J’ai souvent contemplé les autres le faire ; ça a l’air épatant.  La joie qui irradie des corps en mouvement, les cravates portées en serre-tête et les chemises en sueur, l’amusement collectif, toute cette énergie positive ne me laisse pas indifférente. Mais cela exige un lâcher-prise dont je suis incapable. Il n’y a aucune autre raison à ma répugnance pour la danse, que ma grande timidité. Alors non. Je ne danse pas, non. 

Si d’aventure vous m’apercevez, au milieu de la nuit, lisant avec intérêt un article du Figaro décortiquant les raisons de l’échec du Bitcoin, ne vous étonnez pas. Je ne suis pas méprisante ; simplement pas à ma place. Venez vous assoir auprès de moi. Je ne danse pas, certes, mais j’ai d’autres qualités. 

2 réflexions sur “Non, je ne danse pas, non.

  1. 😉 Idem pour moi. Je dis que mes pieds n’obéissent pas à mon cerveau, jamais. C,est apparemment difficile à saisir comme excuse. Lorsqu’une jolie personne insiste, je fais son éducation. Je lui marche sur les pieds sans rire, je la pousse sur un autre pauvre danseur et je lui roucoule à l’oreille que je baise au moins aussi bien que je ne danse.

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