La presque demande en mariage

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C’est la Saint-Valentiiiin ! La fête des chocolatiers et des fleuristes ! Et des amoureux, accessoirement. Enfin cette année c’est surtout la soirée du grand dilemme de celles et ceux qui s’aiment : S’empiffrer de pop corn devant Cinquantes nuances plus niaises, ou se bâfrer de chips face à Real-PSG. Cornélien n’est-ce pas ? Comme si la vie ne nous offrait pas suffisamment d’occasions de nous disputer. Et je ne parle même pas des couples qui auront fait le premier choix, et devront en sus mener de fermes négociations pour se décider entre pop corn sucré et salé. Quelle vie, mes amis, quelle vie.

J’ai l’air amer, comme ça, mais ce n’est pas le cas. Je considère que tous les prétextes sont valables pour ouvrir une bonne bouteille de vin. Le reste, c’est de la littérature. Il nous arrive fréquemment de célébrer des festivités qui du reste nous indiffèrent totalement. Combien de nouvel ans chinois passés à nous régaler d’un plateau de sushi et de quelques bières thaïlandaises ; ethnocentrisme assumé qui consiste à considérer l’Asie comme un gigantesque pays aux frontières culturelles incertaines ! D’ailleurs le nouvel an chinois c’est vendredi, et cette année on dîne dans un restaurant indien. De vrais citoyens du monde !

Je n’ai pas toujours fait preuve d’autant de légèreté. Le premier 14 février qui a suivi ma rencontre avec A., je lui ai envoyé une carte postale sur laquelle j’avais griffonné une déclaration d’amour dégoulinante de sottises dans laquelle j’affirmais, je cite « dépérir un peu plus chaque jour passé loin de tes bras ». J’avais reçu sensiblement la même confession, dans un style moins pompeux, et truffée en prime d’adorables fautes d’orthographe.

Un an plus tard, nous avons célébré notre amour dans un Hôtel Spa étoilé de l’arrière pays niçois. Soirée mémorable qui fut l’acmé d’une tragédie en trois actes intitulée : La presque demande en mariage.

Une digression s’impose, sans quoi cette saynète n’aurait aucun sens. L’été qui a précédé la presque demande en mariage, nous avons traversé l’Italie pour assister à celui d’un couple d’amis d’A., parfaits inconnus pour moi à l’époque, mais dont les prénoms étaient étrangement semblables aux nôtres. J’étais rentrée de ce périple satisfaite de ce que la robe pour laquelle je n’avais rien mangé pendant un mois avait fait grande impression, mais pas exaltée par l’acte en soit. Les cérémonies religieuses sont par définition barbantes, et passé un certain degré d’alcoolémie, toutes les fêtes se ressemblent.

La vie aurait continué son cours normal si A., quelques semaines après notre retour, n’avait pas abordé le sujet. D’anodine, la conversation avait pris peu à peu la tournure d’un projet. Quid de la cérémonie ? La robe ? Orchestre ou DJ ? Comptons nos potentiels invités ! En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, je m’étais retrouvée dans une bijouterie à mater des solitaires. Juste comme ça, au cas où. Il n’en fallait pas davantage pour faire germer une idée qui deviendrait obsession. Le soir même, j’appelais mes amies une à une et leur promettais des fiançailles pour l’année à venir.

Pendant les mois qui ont suivi cette conversation, mon intuition a été confirmée par d’innombrables petits évènements et remarques et d’apparence anodine, mais qui, j’en étais certaine, étaient un discret interrogatoire visant à cerner mes attentes. Je savais pertinemment que lorsqu’A. prétendait faire un tour en ville avec ses copains, ils se réunissaient en fait pour parler de sa future demande. Magnanime, j’abandonnais ça et là des indices, afin d’aider l’homme que j’aime dans sa démarche. Je regardais toutes les émissions, intrinsèquement débiles, dédiées au mariage et les commentais abondamment ; laissais traîner des magazines féminins ouverts à la page « Ces fabuleuses demandes en mariage qui vous rendront folles de jalousies bandes de petites connes » ou « 25 bagues de fiançailles (au-dessus de vos moyens) qui dépotent ! », nous sommes mêmes allés au salon du mariage, « pour tuer le temps ». Je ne voulais, sous aucun prétexte, qu’A oublie la promesse qu’il m’avait tacitement faite. J’avais même cessé de porter des bagues pour, le moment venu, ne pas être entravée par quoi que ce soit. Je me suis donnée du mal, oh que oui.

L’été a laissé place à l’automne auquel a succédé l’hiver, et nous revoilà en février, dans ce fabuleux hôtel, pour la Saint-Valentin. J’étais, rappelons le, dans l’attente sereine d’une proposition qui surgirait immanquablement au cours de l’an de grâce 2012. Quelques heures avant le drame, nous avons enfilé nos maillots de bain et nous sommes rués au sauna, puis au hammam, et encore au sauna, puis dans notre chambre, où nous avons découvert nos visages ravagés par les bienfaits du spa. Mes joues étaient fardées par deux immondes plaques cramoisies que je ne pouvais toucher sans hurler, tandis qu’A. était tout entier parsemé de boutons écarlates. J’aime bien ce moment, a posteriori, parce que c’est l’une des rares occasions en lesquels A., habituellement si impeccable, m’a rejoint dans le monde des débraillés. A cet instant évidemment nous étions dans un tout autre état d’esprit : panique-horreur-confusion-aucun fond de teint n’arrivera à camoufler ce désastre ! C’est donc moches, mais parés de nos plus beaux atours, que nous sommes descendus dîner. Nous avons bu quelques coupes de champagne même si on aime pas trop ça et échangé des banalités en mangeant des trucs meilleurs que d’habitude, respectant ainsi scrupuleusement le protocole de la Saint-Valentin ; et puis c’est arrivé.

Nous étions devant la porte de notre chambre, il était tard, je l’ai ouverte : la lumière était allumée, les rideaux tirés, ce n’était pas normal, jamais je ne partirais d’où que ce soit sans éteindre, ce n’est vraiment pas mon genre. J’ai fait quelques pas hésitants, craignant le pire, et sur mon oreiller j’ai aperçu une petite boîte… Nous y étions, le Grand Jour ! La récompense de ces heures perdues à regarder 4 mariages de merde et Gipsy Crazy Weddind, enfin ! J’ai repensé à ce moment, quelques heures plus tôt, quand A. s’était éclipsé pour commander des boissons et n’avait reparu qu’un quart d’heure plus tard. C’était donc ça ! Demain je passerais la journée au téléphone à raconter cette fabuleuse journée à tout le monde ! J’ai pensé : « Cet instant restera gravé dans nos mémoires, il faut rester calme, surtout » et je me suis jeté sur le lit, ruée sur la petite boîte. Elle était en carton, quel choix étrange ! J’ai attrapé la boîte et je l’ai déchiquetée. J’étais si heureuse. A quel point la bague serait-elle somptueuse ? J’ai saccagé la boîte : C’était des nougats. Offerts par l’hôtel.

 

Des putains de nougats de merde et une connerie de lettre nous enjoignant de quitter la saloperie de chambre avant midi.

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