Coup de boule à Notting Hill

bbb

J’ai fait la connaissance de Prénom-Composé au réveillon du nouvel an 2008, et il est définitivement sorti de ma vie environ un an et demi plus tard. Dans l’intervalle nous avons été heureux ensemble, assez souvent, mais pas suffisamment. Quand il m’arrive de parler de lui, c’est toujours avec le même qualificatif : Mon ex. C’est le lot commun de ceux que l’on a aimé, être privés de prénom. D’ailleurs je la trouve significative, cette expression, “mon ex”. L’appartenance évoquée par l’adjectif possessif, contrecarré immédiatement par un préfixe esseulé, rappel du caractère irrémédiable de l’affaire… Mais ce n’est pas mon propos.

Quelque jours après notre rencontre, nous étions à présent en 2009, eut lieu notre premier rendez-vous. Pour l’occasion, Prénom-Composé ne m’a conviée nulle part. Il s’est invité chez moi. J’apprendrai plus tard que cette méthode lui était courante, pour des raisons inhérentes à la radinerie. Aux alentours de dix-neuf heures il s’est présenté à la porte de mon minuscule studio, et a jonché les monceaux de merdasses que j’empilais dans l’entrée, pour atteindre la pièce principale puisqu’unique de mon logement. Il a eu la politesse de ne faire aucun commentaire et m’a tendu une bouteille de vin que nous n’avons jamais ouverte, faute de tire-bouchon. Comme il ne me connaissait pas encore, il s’attendait à ce que je lui mitonne un bon petit plat. Je lui ai donc concocté ma spécialité de l’époque : des coquillettes sans beurre ni sel, à consommer assis sur mon lit, pour cause d’absence de mobilier. Il semblait consterné mais encore une fois, s’est tu. Cela ne se produirait jamais plus.

Notre dîner englouti, nous avons entretenu une conversation tout ce qu’il y a de plus banal pour un premier rencard. Il m’a appris qu’il habitait dans la maison familiale (comprenez « je vis chez ma mère« ), qu’il avait étudié une année à la Sorbonne (« comme plein de gens mais ça fait toujours son petit effet sur les provinciales », apprendrai-je plus tard) et qu’il était professeur de français (mais il a oublié de préciser « remplaçant »). A un moment, je ne sais plus quand, nous nous sommes embrassés. Tout se passait comme sur des roulettes, si ce n’est le décor sordide et le dîner infâme. La soirée avançant je l’ai interrogé sur son moyen de transport, soucieuse, s’il rentrait en train, qu’il ne rate pas le dernier. Il a haussé un sourcil et m’a répondu qu’il n’avait pas envisagé de rentrer du tout. Le dernier TER était d’ailleurs déjà parti, nous étions coincés ensemble jusqu’au lendemain matin. Prévoyant, Prénom-Composé avait d’ailleurs glissé dans son sac à dos une brosse à dent et un caleçon propre… Et dire que je n’étais pas sûre quelques heures plus tôt qu’il s’agissait bien d’un rendez-vous galant ! Le malentendu était total, le malaise intégral.

A partir de ce moment, j’ai joué la montre. Mon objectif : ne pas passer à la casserole, tout en n’ayant pas l’air d’essayer d’y échapper. Ambitieux, mais pas irréalisable. Prénom-Composé venait d’abattre ses cartes, et devenait entreprenant. Je feignais donc mille impératifs pour me dégager de ses étreintes. Ce soir là j’ai non seulement fait la vaisselle, mais je l’ai aussi rangée. Je me suis éclipsée pour une quinzaines de pipi, me suis brossé les dents à deux reprises, je changeais de CD toutes les dix minutes même si la chanson n’était pas terminée, et surtout, j’ai beaucoup parlé. J’étais intarissable, quelque soit le sujet. J’ai tenu bon, vaille que vaille.

Minuit était passé depuis longtemps quand ce qui devait arriver est finalement arrivé. Nous étions allongés sur mon minuscule matelas (il avait gagné ce point), toujours vêtus (et moi celui-là) et je m’étais lancée dans le récit minutieux d’un film suédois méconnu mais captivant, découvert pendant la semaine. J’avais hélas négligé le pouvoir soporifique de mes soliloques. Prénom-Composé s’endormait, et pour une raison qui m’échappe aujourd’hui, cette situation m’était insupportable. L’idée de ce presque inconnu dormant dans mon lit, sans doute, ou alors la crainte de baisser la garde et me faire surprendre par un assaut nocturne. Toujours est-il que je le lui ai reproché. Je me suis exclamée « Sois pas nul, t’endors pas ! » et il m’a répondu “Tu n’as qu’à faire quelque chose de gentil pour que je reste éveillé”.

Prise de panique quant à la signification de « quelque chose de gentil« , je lui ai mis un énorme coup de tête.

 

Et, oui, le fait qu’il y ait eu un deuxième rendez-vous tient de l’inconscience.

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