J’ai testé pour vous : Courir

courir 2

Ce week-end, j’ai fait quelque chose que je n’avais pas fait depuis près de dix ans. La dernière fois que j’ai couru, c’était pour l’épreuve d’EPS du baccalauréat. On faisait des tours de stade, encore et encore, c’était un véritable enfer. J’avais obtenu la note de 07/20. Même le type qui marchait en écartant les pieds comme s’il voulait utiliser le maximum d’espace au sol, a obtenu la moyenne. Je pense que ce résultat médiocre tient en grande partie au fait que rien, physiquement, ne justifiait que je sois une aussi déplorable sportive. Les grands échalas et les ados en surpoids, cette fille qui devenait écarlate après quelques foulées, ils ont tous bénéficié de l’indulgence qui leur était dû parce que ça sautait aux yeux, que pour eux c’était vraiment compliqué. Sans doute intériorisais-je trop, et on me pensait fainéante.

Pourtant, le sport, ça ne m’a vraiment jamais réussi. Plus jeune, j’étais toujours la dernière personne qu’on choisissait pour la constitution des équipes de sport collectif. C’est une position assez humiliante, cela va sans dire, mais je ne pouvais pas donner tort à ceux qui redoutaient de me voir intégrer leur équipe. Quand enfin venait mon tour de rejoindre mes camarades, je haussais les épaules et leur jetais un regard gêné. J’avais  envie de leur dire « JE SUIS DESOLEE LES GARS« . J’ai largement contribué aux défaites de mes coéquipiers et c’est une lourde responsabilité, croyez-moi. D’ailleurs, j’ai porté ce fardeau bien au-delà des sports d’équipe. Ayant grandi en Savoie, nos cours d’éducation physique se déroulaient dans les stations de sport d’hiver une bonne partie de l’année. Nombreux étaient ceux, parmi mes camarades, qui avaient intégré le Club des Sports, qui portait bien mal son nom car à ma connaissance la seule discipline proposée était justement le ski. Nous étions divisés en groupe, en fonction de notre niveau. Inutile de préciser que j’étais invariablement reléguée dans la section des plus mauvais. Là encore, j’ai fait mes preuves. Arrivée systématiquement en bas des pistes la dernière, je faisais face à une bande de gamins excédés de devoir m’attendre dans le froid, encore et encore.

Le bac en poche, j’ai jeté mes baskets Décathlon et juré mes grands dieux qu’on ne m’y prendrait plus jamais. Et je m’y suis tenue. Depuis 2007, je me suis refusée à toute activité de type sportif, et Dieu sait qu’il m’a fallu beaucoup d’obstination pour parvenir à cette performance. Toutes celles et ceux qui ont depuis partagé ma vie ont tenté de me convaincre de les accompagner, tenez vous bien, COURIR. On m’a avancé toutes sortes d’arguments, auxquels j’ai toujours répondu par le même : « Courir = l’enfer sur terre« . Je me suis souvent questionnée sur l’intérêt soudain que suscitait un passe-temps aussi ennuyeux, rébarbatif, peu ludique, que la course.

A force d’y réfléchir, je me suis fait ma petite idée sur la question. Je suis quasiment certaine que ce brusque engouement pour la course tient en grande partie au changement de vocable. Je ne sais pas exactement quand cela s’est produit, mais j’ai l’impression que le moment où le footing s’est transformé en running correspond à l’apparition prolifère de photos de filles en baskets et genre-de-legging-de-yoga partageant leur performances sur Instagram. En somme, je pense qu’un mot un peu cool a créé l’illusion que ce qu’il désignait l’était aussi, et qu’en bonnes victimes du marketing, vous êtes tombés dans le panneau.

Ce long préambule m’amène à l’objet de cet article, ou comment je me suis délibérément adonnée à une activité que j’exècre. Avant d’arriver au coeur du sujet, je me dois de faire une dernière digression. Au printemps dernier, A. s’est enrôlé dans une salle de sport. Il répétait depuis de longs mois qu’il s’inscrirait la semaine prochaine, je m’étais habituée à cette litanie que je pensais être une lubie sans suite, comme tant d’autres auparavant, mais un beau jour il est rentré à la maison avec une petite carte noire. Le sésame. Vous connaissez sans doute cette tradition propre aux salles de sport : on s’y inscrit, on y va deux ou trois fois le premier mois puis on se contente de payer un abonnement sans plus jamais y mettre les pieds. Et bien pas lui. Et le temps passant il est devenu sacrément beau gosse. De mon côté, rien de nouveau. Mais l’idée a fait son chemin, qu’il faudrait peut-être faire un petit effort pour ne pas ressembler à un cageot face à mon ravissant compagnon.

Ce qui m’a vraiment décidé s’est produit récemment, et c’est un épisode de ma vie particulièrement dégradant :  J’ai souffert de courbatures aux abdominaux suite à un caca un peu coriace.

Voilà.

Alors quand mon amie Abysse m’a proposé une énième séance de running, je n’ai pas eu le coeur de prétexter un empêchement. J’en ai eu très envie, toute la journée. J’ai envisagé milles excuses, tenté de me convaincre qu’il faisait trop froid, que j’avais mieux à faire, mais quand le moment est venu j’ai courageusement enfilé mes baskets et nous y sommes allées, ensemble. Et j’ai été agréablement surprise, en premier lieu par ce drôle de pantalon qui est étonnamment seyant, et par l’activité en elle-même, qui n’a rien de commun avec mes souvenirs d’adolescence. Nous avons parcouru près de trois kilomètres, et il me semble que mon rythme n’était pas si mauvais, et contrairement à ce que je redoutais les gens que nous croisions ne s’esclaffaient pas sur mon passage ; et si je n’ai pas éprouvé de plaisir à proprement parler, j’en ai tiré une grande satisfaction.

Quand j’ai commencé la rédaction de cet article, quelques heures avant la course en question, je m’attendais à le conclure sur le compte-rendu minutieux de mon supplice. Finalement… Il n’est pas impossible que j’y retourne, un de ces quatre. Et peut-être même qu’un jour je pourrais moi aussi poster des photos sur instagram, #running.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s