Sous les galets la plage

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 Il fait beau, il fait chaud, le week-end dernier j’ai enfilé le maillot de bain qui me boudine le moins et on est allé à la plage. C’est toujours délicat, la première plage de l’année. Il faut reprendre ses petites habitudes : faire entrer deux serviettes + le dernier Super Picsou Géant + un livre d’adulte pour sauver les apparences + un flacon de Monoï + un tube de crème solaire dans un minuscule tote bag, traverser la ville avec un gros ananas gonflable, exhiber ses jambes blafardes et les bourrelets qui se sont reproduit pendant l’hiver… et puis il y a les galets. On a chaque année le même débat avec A., qui est à ma connaissance le seul (ardent) défenseur des galets, alors que ces trucs sont juste un engin de torture à grande échelle. Ses arguments ?

  • C’est typiquement niçois. La socca aussi et ça n’emmerde personne (à moins d’être allergique au pois chiche mais on va pas chipoter).
  • C’est joli. C’est vrai que les plages de sable blanc ça fait pas du tout rêver.
  • C’est propre. Bon, je dois admettre qu’il n’a pas tort, je n’ai jamais sorti un galet de ma chatte en rentrant à la maison.

   Mais je m’égare. On est arrivé en bord de mer avec notre ananas géant et on a arpenté la prom’ en scrutant les plages à la recherche d’une petite place. S’il y a bien un truc pratique à Nice, c’est ça. Comme la promenade des anglais surplombe le rivage, on peut sélectionner un emplacement de loin, ça évite d’enjamber des touristes allemands sur des centaines de mètres avant de trouver un coin pour poser sa serviette. Il faut tout de même rester vigilant, une grande zone libre peut sembler alléchante, mais attention, il y a de forte probabilité pour qu’elle indique la présence, soit d’une poubelle, soit d’une famille de roms. typique erreur de néophyte !

   Donc après un petit quart d’heure d’investigation on est tombé d’accord sur une zone qui nous convenait à tous les deux. Ni une, ni deux, j’ai étalé ma serviette, viré mes fringues, et je me suis allongée. C’est à ce moment, précisément, que je me rappelle chaque année ô combien je déteste les galets. J’ai tendance à l’oublier pendant l’hiver, mais on ne peut pas s’étendre pour bronzer tranquillement, comme ça, spontanément. Non non non. Il faut préparer le terrain. Dans un premier temps aplanir la surface, puis étaler sa serviette, se coucher dessus, et procéder aux finissions. J’ai pour habitude de créer une tranchée le long de ma colonne vertébrale, et deux cratères aux emplacements dédiés à mon fessier et à mon crâne. Une fois ces préparatifs achevés, il n’est évidemment pas question de gigoter, ou pis, d’envisager un recto verso régulier.   Changement de position = Nouveau nivellement. N’oubliez jamais ça !

   A peine avais-je trouvé une position à peu près compatible avec le relief, qu’A. a voulu se baigner. Je me suis dit pourquoi pas, au moins l’eau ne s’enfoncera pas dans mes côtes. Mais pour y accéder, à la mer, il faut encore affronter les galets. Je ne m’étendrai pas sur le fait qu’à partir de 14 heures ils sont brûlants, que le terrain est accidenté, que certains sont franchement contondants voire coupants, je vous épargne les détails. Non, le vrai problème c’est le bord de mer. Enfin le dernier mètre avant la mer pour être précise. Je n’ai jamais compris pourquoi, mais à Nice la plage se trouve au-dessus de l’eau. Ce qui est géologiquement absurde, on est bien d’accord. Donc pour y accéder il faut descendre une petite pente. Bon, descendre ça va à peu près, mais remonter… On y reviendra.

   J’ai mis les pieds dans l’eau, elle était froide, les vagues charriaient des putains de galets qui me lacéraient les chevilles. Pendant que je tergiversais A. s’est jeté dans la mer et m’a enjoint de le suivre. Le temps que je parvienne à m’immerger complètement il avait eu le temps d’aller au large et de revenir. Il m’a dit “y a des méduses” et il est parti. C’était vraiment une bonne journée. J’ai rebroussé chemin, et il a bien fallu remonter.

   J’ai gravi la pente à quatre pattes et je n’ai aucune envie de m’étendre sur le sujet. Je tiens quand même à préciser que c’est une méthode assez largement répandue, et quiconque a deux sous d’honnêteté reconnaîtra que c’est encore la meilleure. Evidemment, il faut renoncer à sa dignité, mais j’aime à croire que c’est un concept largement surfait. Non ? J’aurais pu demander un coup de main à A. s’il n’avait pas filé à toute vitesse, mais j’ai l’impression d’offrir un spectacle encore plus pathétique en me faisant aider, d’autant qu’il finit souvent par abandonner et que je remonte quand même sur les genoux.

   Après être redevenue bipède, j’ai claudiqué aussi majestueusement que possible jusqu’à ma serviette en évitant soigneusement le regard des gens, j’ai refait mon trou et je n’ai plus bougé jusqu’au soir. Et tant pis pour l’insolation.

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