Putain de camion

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J’ai une théorie. Elle a germé lors d’une de ces interminables soirées à se bousiller les yeux devant les chaînes d’information continue, et par la suite chaque nouveau drame est venu l’étayer. Il y a un an jour pour jour, j’ai eu le malheur de constater sa validité. Quand je lui en ai fait part, A. m’a reproché mon cynisme. Il s’agit pourtant de pragmatisme, rien de plus. J’y pense à chaque fois que j’hésite à participer à un évènement que l’époque nous oblige à considérer comme risqué. C’est cette phrase de rien du tout que je ressasse à longueur d’année qui m’aide à ce pas céder à la panique :

“Ce truc auquel nous assistons dure suffisamment longtemps, et se déroule sur une surface assez importante pour que, s’il se passe quelque chose, nous ayons de gigantesques chances de ne pas être au mauvais endroit, au mauvais moment.”

J’y crois dur comme fer. Nous l’avons mis en pratique l’an dernier, et je comprends mieux, a posteriori, pourquoi A. semblait si consterné par mon fatalisme. Lorsque, peu avant 23h00, rue Pastorelli, nous nous sommes trouvé face à un essaim de coureurs effrayés, je suis restée interdite. C’est lui qui m’a sorti de ma torpeur, m’a enjoint de suivre le mouvement. Et plus tard, alors que je peinais à fuir cet ennemi invisible, c’est encore lui qui, d’un coup de pied, a fracturé la porte de l’immeuble dans lequel nous nous sommes réfugié .

Evidemment, nous ne risquions rien. Le camion avait frappé beaucoup plus loin, et la crevure était sans doute déjà morte. Il n’empêche, nous tentions de sauver notre peau. Je sais maintenant qu’en cas de danger réel mes chances de survie sont minces. Trop fragile, trop maladroite, trop émotive. Je ne peux compter que sur la chance. A., au contraire, toujours aux aguets, ne s’appuie que sur lui.

Et pourtant, ce qui nous a sans doute sauvé, ce qui en tous cas nous a indéniablement éloigné du mauvais endroit où nous nous trouvions peu avant le feu d’artifice, c’est une triviale recherche de toilettes convenables. Lorsque, les jours après le drame, j’ai déroulé le fil de la soirée, j’ai été abasourdie de découvrir à quel point il s’en était fallu de peu. A quel point aussi j’avais raison. Le truc auquel nous venions d’assister avait duré suffisamment longtemps, et s’était déroulé sur une surface assez importante pour que, bien qu’il se soit passé quelque chose, nous ayons eu la chance de ne pas être au mauvais endroit, au mauvais moment.

Cet article a été rédigé les larmes aux yeux.

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