Le jour où mon électroménager a tenté de me faire la peau

tumblr_inline_oy69i0M67l1ukcpij_500

Si l’on m’avait demandé, il y a quelques années, si j’aimais les films d’horreur, j’aurais répondu par un NON catégorique. Très peu pour moi. J’ai peur de traverser la route hors passage clouté, alors vous pensez bien.

Un soir que je consacrais à l’introspection-en-buvant-une-tasse-de-thé, je me suis rappelé mes soirées d’enfance avec Fox Mulder et Buffy Summers, ma vieille amitié avec Stephen King, toujours d’actualité, et ma plus récente passion pour American Horror Story et The Walking Dead. Et puis, j’ai toujours frétillé d’impatience à l’approche d’Halloween. L’évidence m’a soudain frappé. “Connais-toi toi-même”, disait Platon. Ce soir là, j’ai fait un pas en ce sens. Des films d’horreur, j’en avais vu une myriade, je n’avais simplement pas conscience de ce qu’ils étaient. Je les imaginais comme des oeuvres interdites et subversives, dont le visionnage laisserait forcément des séquelles éternelles. Je me faisais exactement la même idée du porno et, bref, ce ne sont que des films.

Il y a quelques temps, je lisais Anatomie de l’horreur, un essai justement écrit par Sieur King qui en connaît un rayon sur le sujet. Le premier chapitre est consacré aux amateurs du genre, et cette grande question que se posent ceux qui pour rien au monde ne dépenseraient 10 euros en l’échange de deux heures de frayeur : Pourquoi diable s’infliger cela ?

La réponse du Maître de l’épouvante a piqué mon intérêt. Selon lui, l’effroi provoqué par une maison hantée ou une horde de vampire permet d’échapper un temps à ce qui fait vraiment peur. La salle se rallume, on éteint son téléviseur ou on tourne la dernière page, et c’est terminé. Happy end ou non, le problème est réglé. C’est une horreur maîtrisable, contrairement au dérèglement climatique, aux guerres qui éclatent ici et là, aux attentats-suicide et au cancer qui frappe au petit bonheur la chance (cette liste n’est évidemment pas exhaustive) . Il n’existe pas de touche OFF pour ça et c’est bien le problème. Moi, j’ai du mal à vivre en sachant tout cela. J’évite d’y penser autant que possible, ça m’affecte beaucoup trop. L’inéluctabilité de la mort me fout le cafard. La relativité du temps encore plus. Tous les amateurs d’horreur sont-ils des poules mouillées incapable d’accepter la violence de l’existence ? Je ne sais pas, mais moi oui. La fiction est un refuge bien confortable.

Pourtant, il est arrivé quelques fois que… ça déborde. Je ne sais pas vous, mais la nuit je deviens franchement irrationnelle. Tous les soirs ou presque, je demande à A. de se relever pour fermer correctement la porte de la chambre “pour ne pas que les monstres puissent rentrer”. C’est une plaisanterie, bien sûr, mais il n’a pas intérêt de refuser. Il y a quelques jours, je lui ai téléphoné à minuit parce que je mourrais de soif et de peur de sortir de la chambre. Je venais de regarder Poltergeist. Je n’avais pas eu aussi peur du couloir depuis Le jour où mon téléphone et ma télévision se sont associés pour m’éliminer.

C’était une nuit d’hiver semblable aux autres, froide et obscure. Je dormais comme j’ai coutume de le faire à trois heures du matin, lorsque qu’un bruit m’a tiré du sommeil. Le son était familier mais il m’a fallu quelques secondes pour l’identifier. Vous savez, cette petite mélodie exaspérante qui retentit quand on repose un téléphone fixe sur sa base ? Cette remarque s’adresse aux vieilles personnes, j’en ai bien conscience. Et bien c’était ça, le bruit. Incongru au milieu de la nuit, mais pas vraiment inquiétant. J’ai tâté le lit pensant n’y trouver que des peluches draps mais ma main a rencontré le corps d’A. Je l’avais soupçonné un instant de passer de mystérieux coups de fil au milieu de la nuit, mais il dormait comme une biche. J’ai replongé illico dans mes rêveries. Pour une courte durée, cependant, puisque la mélodie a retenti à nouveaux quelques minutes plus tard. Deux fois au lieu d’une. Agaçant. Je me suis assoupi jusqu’à la nouvelle intervention de mon téléphone.

Cette nuit là, j’ai dormi par intermittence. A intervalle irrégulier, la sonnerie déchirait le silence. Une, deux, trois fois de suite. Réveil en sursaut après réveil en sursaut, mon exaspération s’est transformé en anxiété. Puis en angoisse. Bien sûr, il aurait suffi de me lever et de débrancher l’appareil une bonne fois pour toutes, mais je n’en menais pas large. Traverser le couloir dans la nuit noire, seule et vulnérable… Inconcevable. Il n’empêche que la situation était intrigante. L’innocence d’A étant certaine,  j’ai supposé qu’un inconnu s’était introduit chez nous. Mais l’idée était absurde. Pourquoi s’amuserait-il avec le téléphone au lieu de nous cambrioler ou nous violer ? Pour nous agacer ? Qu’avions-nous fait de si affreux pour mériter cela ? D’autant que le pauvre homme s’infligerait le même supplice, cette hypothèse ne tenait pas debout. Ce n’est qu’après une dizaine de réveils brumeux que j’ai compris la raison de ce manège. L’instigatrice ne pouvait en être que la télévision. Cette petite garce, désireuse de m’aspirer dans un vortex qui me conduirait dans je ne sais quel dimension démoniaque, avait logiquement exigé du téléphone qu’il m’attire à elle. Effroyable complot ! J’étais bien décidée à ne pas tomber dans le piège que me tendait mon électroménager, et continuais d’endurer le tourment d’un sommeil en pointillé.

Le cauchemar durait depuis près de deux heures quand la sonnerie a eu raison également du sommeil d’A. Il a expédié la couette, ouvert la porte anti-monstres, et à travers la cloison je l’ai entendu qui retirait les piles du téléphone. Il est revenu sain et sauf et s’est rendormi comme si de rien n’était. Fin de l’histoire.

N’empêche, je ne l’ai pas prévenu du danger.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s